Cimier évoquant l'antilope rouanne

Cimier évoquant l’antilope rouanne

Ce cimier ciwara, source de pouvoirs, provient probablement de la région agricole située au sud ou au sud-est de Ségou, où les grandes sculptures d’antilopes servaient à invoquer la force et l’endurance nécessaires à un bon agriculteur. Sur tout le territoire des Bamana, les jeunes hommes capables de manier la houe de cinq heures et demie du matin à sept heures du soir, avançant par deux dans le champ et rivalisant avec d’autres équipes, sont qualifiés de « fauves dotés de
griffes », ou ciwaraw. En bamana, le verbe ka ci kè, « couper » ou « travailler jusqu’à transpirer », décrit bien cette tâche harassante qui consiste à couper la terre quand arrivent les premières pluies au début du mois de juin, époque où les cimiers ciwara entrent dans la danse.

La seconde partie du mot, wara, est souvent traduite par « lion » ou « fauve ». En fait, elle désigne un groupe apparemment hétérogène d’animaux qui possèdent tous des griffes ou des sabots dangereux, capables donc d’infliger des coupures, ou ciw. Outre les félins, les Bamana classent dans la catégorie générique des animaux à griffes les pangolins, les fourmiliers et les antilopes rouannes ou hippotragues (Hippotragus equinus), qui inspirent tous des types de cimiers ciwara. L’impression d’énergie potentiellement explosive qui émane de la crinière, de la tête et des bois de cette sculpture évoque la force et la stature de l’antilope rouanne, dont les sabots frappent le sol comme le fait la houe d’un agriculteur acharné. Pendant la danse, les hommes qui portent ces coiffures mâles et femelles sont protégés par des objets rituels secrets (boliw) qui leur permettent d’accomplir des exploits ; par exemple de se percer les joues avec un couteau ou d’avaler des charbons ardents, montrant ainsi le pouvoir surnaturel des animaux qu’ils représentent et des cimiers qu’ils portent.