Masque facial

Masque facial

Le passage successif dans chacune des six sociétés d’initiation (dyow) conduisait chez les Bamana au grade le plus élevé, le grade korè, dont l’obtention supposait l’acquisition de nombreuses connaissances d’ordre spirituel. Ces connaissances étaient censées permettre aux hommes d’entrer en relation avec les puissances divines et d’accéder à un cycle de réincarnation sans fin. Pour parvenir à ce niveau, les membres de la société korè devaient se soumettre à des rites longs et douloureux, y compris à une mort et une résurrection symboliques. Les néophytes étaient répartis dans les huit classes korè, chacune ayant un emblème différent et révélant un caractère spécifique des aspects religieux.

Ce masque facial zoomorphe, aux oreilles pointues qui se dressent à la verticale, présente une structure à base de formes géométriques caractéristique des masques korè : une surface faciale allongée et anguleuse, dont le contour inférieur encadre un orifice buccal rectangulaire, a pour dominantes un nez droit et saillant ainsi qu’un front bombé hémisphérique, ici presque entièrement caché par une perruque en fourrure.

Le masque représente le groupe korè dugaw, soit la classe des « vautours » ou « chevaux », dont les membres traversaient le village en chevauchant un bâton à tête de cheval. Au cours de leur chevauchée, ils étaient masqués et portaient un costume à mailles, auquel étaient accrochés des morceaux de calebasse, des bouts de ferraille, des cosses de légumineuses et autres objets. Leur exhibition n’avait aucune limite : ils parodiaient certains comportements sexuels, cassaient des outils et avalaient tout ce qui leur tombait sous la main, même des excréments. Ce comportement débridé démontrait non seulement la résistance physique et psychique des korè dugaw, mais aussi leur statut de surhomme, qui les autorisait à faire fi des conventions sociales.