Masque appelé Fausse face

Masque appelé Fausse face

Ce visage halluciné, qui hypnotise l’observateur par son intense regard spiralé, son profil noir devenant profil rouge, appartient à la famille des masques-médecines portés par les membres de confréries de guérisseurs. La société exclusivement masculine des « fausses faces » et les masques qui lui sont dédiés trouvent leur origine dans la mythologie iroquoise, au temps de la création du monde. Les deux frères jumeaux « Bon Esprit » et « Mauvais Esprit » se disputaient la création de la vie et mesurèrent leurs puissances lors d’un ultime concours ; chacun devait déplacer une montagne. Distrait, « Mauvais Esprit » heurta un roc dégagé par son frère et son visage en fut tout tordu. Il reconnut alors la suprématie de son frère et promis de veiller sur le peuple iroquois. Par l’intermédiaire de son masque, il devait procurer aux Indiens le pouvoir d’éloigner maladies et sorcières, ou de résister au froid. Ainsi, les individus ayant rencontré en rêve un esprit funeste demandaient une cure à un membre de la Société des « fausses faces », ou entrait lui-même dans celle-ci. Pour se protéger, il sculptait un masque d’après les traits de l’esprit redouté. Il existe différents types de masques « fausses faces » mais tous possèdent des traits distordus et ces grands yeux de laiton dégageant une expression caricaturale. Le masque de tilleul, de saule ou de peuplier était sculpté à même le tronc. Détaché de l’arbre, ce visage vivant était peint de pigments rouges s’il était réalisé le matin ou noirs l’après-midi. Le masque achevé, il était baptisé par un passage au feu et recevait les offrandes de tabac, essentielles à sa sacralisation.

D’après Edward. K. Flager, l’exemplaire bichrome de la collection Barbier-Mueller serait doué de pouvoirs ésotériques dépassant ceux des masques destinés à l’expulsion des maladies. Conformément au mythe transmis par les Indiens Cayuga, ce masque incarnerait le terrible « Esprit du Tourbillon », capable de repousser les tempêtes.

Bibl : E. K. Flager, 1989.