Masque frontal

Masque frontal

La petite taille de ce masque comme l’absence de perforations, permettant au danseur de se diriger, indiquent qu’il s’agit d’un ornement frontal. Le champ miniaturisé du visage est sculpté avec rigueur, dans un style mêlant habilement naturalisme et schématisation. Ainsi le pourtour angulaire de la face oscille entre une forme quadrangulaire et triangulaire. Son front droit est couronné d’épis de crin figurant la coiffure. Un véritable soucis de réalisme gouverne le dessin des grands yeux cernés, des oreilles, du nez aquilin et des deux profonds sillons du sourire. A l’inverse, les épais sourcils et la bouche dévoilant une langue rouge présentent des contours plus abrupts, réduisant les formes à leur plus simple expression.

Ce type de « masquette » était essentiellement porté par les chamans dans l’exercice de leurs fonctions de magiciens devins. Ces derniers jouaient un rôle capital dans la plupart des communautés de la Côte Nord-Ouest. Ils veillaient à la guérison des malades, au combat contre les sorciers et protégeaient le village contre les agressions extérieures. Pour ce faire, les chamans intervenaient auprès des puissances surnaturelles bienfaisantes comme malfaisantes. Les Tlingit possédaient une forme élaborée de chamanisme ; la tradition voulait qu’un jeune chaman en apprentissage parte en quête de sa vision durant huit jours. Les animaux qui l’approchaient sortaient leur langue contenant le pouvoir de leur esprit. L’initié excisait alors les langues de ses nouveaux esprits auxiliaires. Sans chercher à faire d’amalgame, il est intéressant de souligner que le personnage représenté par le petit masque tire lui-même la langue. L’élément le plus spectaculaire d’une séance chamanique était la danse masquée. Le chaman possédait une panoplie de masques, généralement au nombre de huit. A chaque changement de masque le celui-ci se transformait en la créature représentée, quelle soit animale ou humaine. Par ces transformations successives, le chaman prouvait qu’il était capable de voyager dans les airs, sur terre et dans l’océan et affirmait ainsi son pouvoir sur le monde, les vivants et les morts.

Bibl : F. de Laguna, 1977 ; A. Jonaitis, 2001.