Masque pendentif

Masque pendentif

D’après l’inscription figurant au dos du masque, celui-ci a été découvert en 1963, sur le site d’une ferme du Tennessee. Il appartient au groupe de masques en coquillage répertoriés sous l’appellation « l’œil qui pleure » (weeping eye). Cet objet à visage humain a été façonné dans la conque d’un gastéropode marin peuplant la côte du Golfe, des Keys de Floride aux détroits du Yucatán. Dans un contexte d’échanges ou de commerce, ce matériau s’est diffusé jusqu’au centre des terres, devenant par là même le support rare et précieux d’objets non fonctionnels. D’aspect presque triangulaire, le masque au menton très allongé possède des traits d’une grande sobriété ; le nez constitue le seul relief de la face tandis que les deux pupilles rondes sont percées. Une bouche rudimentaire est gravée à la surface du coquillage, ainsi que deux motifs en forme de goutte qui encerclent les yeux, souvent interprétés comme des larmes. Les sites d’excavation de masques similaires à l’exemplaire de la collection Barbier-Mueller sont concentrés à l’ouest des États de Virginie et du Tennessee. Ces visages humains appartiennent au Southeastern Ceremonial Complex (Complexe cérémoniel du Sud-Est), qui se réfère à l’ensemble des styles artistiques et des caractéristiques iconographiques décelés sur les sites archéologiques du sud et du centre-est des États-Unis, entre 1200 apr. J.-C. et 1600 apr. J.-C. D’après Toby Herbst, le motif de la « larme » qui entoure l’œil et pointe sur la joue constitue un symbole cultuel majeur. Il serait l’interprétation du dessin formé par les plumes foncées autour de l’œil du faucon pèlerin. Cet oiseau, extrêmement rapide et rusé, possède les qualités d’un excellent chasseur ; son symbole, le « weeping eye », est, pour ces raisons, associé à l’image des guerriers. L’iconographie des plaques de cuivre découvertes sur le site d’Etowah (angle nord-ouest de la Géorgie) le prouve, par ces représentations de guerriers se transformant en faucons. Toby Herbst assure que les masques de coquillages portant ce symbole des « larmes » sont généralement liés aux guerriers, dans un contexte funéraire. Certains des modèles ont été retrouvés sur la poitrine des défunts, dans la position d’un pendentif ; d’autres semblaient plutôt associés au crâne, peut-être comme élément d’une coiffe.

Adam King considère que la présence de ces petits masques et autres ornements de coquillage dans les tombes de gens du commun, pendant la période Late Mississippian (1500-1700 apr. J.-C), constitue une des preuves de la déchéance des grands centres politiques et économiques comme Etowah. En effet, ces pièces sculptées et gravées étaient auparavant considérées comme sacrées et réservées à l’élite ; elles marquaient, au moment de la sépulture, le rang social élevé de leur propriétaire. Les fouilles de tombes plus modestes contenant de tels symboles révèlent le bouleversement sociétal dû à une décentralisation du pouvoir ; Adam King suppose que ces petits objets déterminaient désormais l’appartenance du défunt à une communauté spécifique, une société de médecine par exemple.

Bibl. : T. Herbst, 2003 ; A. King. 2004.