Situle à anses articulées de forme complexe

Situle à anses articulées de forme complexe

Outre la particularité de ses anses, ce récipient présente un corps qui n’est pas
parfaitement cylindrique. La partie centrale est bouchée. Au sommet, une partie rétrécie
permettait de maintenir le couvercle, absent comme presque toujours. Le tronc est orné
de trois bandes de motifs différents.

Le premier registre, inscrit entre deux filets négatifs au milieu desquels se voit un pointillé,
est décoré de cercles concentriques, reliés par une tangente (le motif, très simple, qui se
retrouve ici dans le registre du bas, apparaît dès les débuts du Dông Son et évoluera vers
la double spirale inversée, par exemple chez les Batak de Sumatra), mais ici les cercles
concentriques sont garnis de deux « crochets » vers l’extérieur, en haut, et d’un troisième
« crochet », dirigé vers la droite, en bas.

Ce motif peut faire l’objet de nombreuses
interprétations. L’auteur les appelle simplement « moustaches ». L’éditeur soussigné
constate, sans en tirer aucune conclusion, que les doubles spirales peintes sur le fronton
des maisons des Toba Batak (que Heine Geldern, cette fois sans extravagance, comparait
aux mêmes motifs d’origine dôngsonienne) sont aussi hérissées, plus largement munies de
« crochets » reconnus comme foliacés, et faisant allusion à l’arbre cosmique harihara, si
important (sous diverses appellations) dans tous les mythes de l’Insulinde.

La bande centrale représente deux files de motifs en forme de S, eux aussi agencés autour
de cercles concentriques reliés par une tangente, avec un « crochet », sur chaque cercle.
Même délimitation par deux lignes encadrant une série de pointillés.

Enfin, la bande du bas, inscrite entre les mêmes lignes contenant des pointillés, ne montre
que des cercles concentriques reliés par une ligne tangente.

Les anses imitent l’apparence de minces bambous torsadés. Chaque extrémité de la liane
se termine par un anneau, enchâssé dans un autre anneau appartenant à une courte tige
intermédiaire, elle aussi torsadée, et dont l’autre extrémité se termine par une nouvelle boucle, accrochée à une dernière boucle mobile fixée à une petite anse du col de la situle.

Un récipient identique a été découvert dans la tombe du roi du Nam Viêt, près de
Guangzhou (ville de Canton, capitale de la province de Guangdong, Chine). Cette tombe
date du IIe siècle avant J.-C. La situle a été coulée dans un moule en deux pièces qui ont
laissé leur trace sur les flancs et le fond du réceptacle (qu’il s’agisse de fonte « à la cire
perdue » ou de fonte dans des moules solides, le phénomène s’explique, encore que des
savants comme Pieter Meyers et Anna Bennet voient des différences dans les lignes
saillantes qu’auraient laissées l’une ou l’autre méthode.

Publ. : Viêt 2006, fig. 1 (photo des cinq situles de la collection), fig. 17, p. 253 (photo de la
pièce entière), fig. 20, p. 255 (photo du détail des cercles concentriques reliés par des
tangentes du registre du bas).

Édité et augmenté (comparaison avec la double spirale batak, rappel de la controverse sur
la méthode de la fonte, etc.) par Jean Paul Barbier-Mueller