Figurine

Figurine

Ces figurines, généralement appelées « idoles du Luristan » (terme dont l’étymologie est
exacte, le grec ειδολον signifiant « image », quoique le mot français « idole » implique une
notion de révérence envers une image divine et ne puisse être retenu sans hésitation), ont
été trouvées par centaines, par milliers même, dans les tombes des premiers siècles du
Ier millénaire avant notre ère, dans toute la région du Luristan, sans que l’on connaisse leur
signification, leur fonction.

Toutes étaient fixées au moyen d’une épingle en bronze sur une
base, un support en forme de bouteille ou de flacon au long col, ici absent. Les plus
simples seraient les plus anciennes ; elles représentent les fauves « rampant », c’est-à-dire
dressés sur leurs pattes de derrière, maîtrisés par le « maître des animaux » (vieux thème
mythologique mésopotamien), lequel est simplement figuré par l’épingle de fixation glissée
entre les animaux, épingle dont le sommet est une tête humaine, et dont la pointe
s’encastre dans le socle en forme de bouteille (peut-être encastré dans une hampe pour
être porté comme un sommet d’étendard ?). Les plus complexes frisent l’extravagance.

Le modèle présenté ici, provenant de l’ancienne
collection Kevorkian, est tout à fait inhabituel : du « maître des animaux » il ne reste que
le visage aux grands yeux lenticulaires à l’énorme pupille ronde, avec une petite coiffe, les
sourcils se terminant par deux boucles latérales. Des épaules émergent deux têtes de coq
(ce volatile étant l’animal attribut du dieu védique Sraosha, gardien du pont de l’Au-delà
que doivent traverser les âmes ; de telles représentations ont servi d’argument, fragile mais
non dénué d’intérêt, aux partisans de l’appartenance des anciens Lurs à la religion
mazdéenne). À la ceinture sont figurées deux têtes d’animal, et les jambes du personnage
sont (en l’absence de l’épingle centrale de fixation évoquant le héros) celles des deux
animaux affrontés et soudés l’un à l’autre, ce qui nous renvoie (par hasard ?) au
compagnon de Gilgamesh, Enkidu, l’homme aux jambes de taureau.