Tambour

Tambour

Les tambours asmat varient par la taille, le type de poignée et le
décor (plus ou moins élaboré) en fonction de leur provenance.
L’origine de cette pièce (la rivière Unir dans le nord-ouest du
pays Asmat), apparemment fournie par son premier collectionneur,
ne serait pas immédiatement venue à l’esprit au vu des
nombreux tambours de cette région recensés dans la littérature.
Certaines similarités visibles conduiraient plutôt dans la direction
de la région centrale [1] ou du groupe Safan sur la côte des
Casuarines.

Les tambours safan sont de hauteur très variable,
mais ils ont tous pour caractéristique de posséder « sur le pourtour
de la partie médiane cintrée une bande surélevée correspondant
à la largeur de la poignée » (Konrad, Sowada et Konrad,
2002, p. 248) comme c’est le cas sur cette pièce [2].

La poignée de
notre tambour est encadrée par des doubles boucles ou volutes
en S. Apparaissant fréquemment dans l’art asmat, ce motif ajouré
ne se limite pas à un groupe particulier. On le trouve aussi bien
dans le centre du pays que sur la côte des Casuarines, y compris
parmi les groupes Bismam, Becembub et Safan [3]. Sur les
sculptures des régions du nord-ouest et du centre, y compris la
côte des Casuarines, la double boucle ou volute en S peut littéralement
être interprétée comme la queue (enroulée) du couscous
(Schneebaum, 1985, pp. 177, 186), ou métaphoriquement
comme le symbole du chasseur de têtes ou de son corps.

Sur ce
tambour figure à l’intérieur de chaque boucle une langue de
cacatoès noir, autre symbole de la chasse aux têtes. Cette
variante stylistique est rare, car ces langues sont généralement
placées hors des boucles ou entre elles plutôt qu’à l’intérieur [4]. Le
fût est orné de motifs sculptés en haut relief, parmi lesquels des
paires de mains d’esprits et peut-être aussi des coudes d’esprits.

Les grands motifs en C disposés au pied du tambour, ainsi que
les petits de part et d’autre de la partie médiane cintrée, peuvent
être interprétés comme des jür fapin, ou scarifications
(Schneebaum, 1985, p. 178). Quant à la double rangée verticale
de motifs en C sculptés à l’arrière du fût, elle représente peut-être
des ofah kiki, un autre type de scarification (ibid., p. 189).

Cet
instrument a dû être utilisé pendant une longue période. Les tambours
se rangeaient sur des supports au-dessus de la cheminée
afin qu’ils restassent au sec et que la fumée éloignât les insectes.
Des années d’exposition à un tel environnement confèrent au
tambour une belle patine, comme c’est le cas sur cette pièce. En
général, la forme en sablier de la plupart des tambours de
Nouvelle-Guinée suscite un agencement en miroir de son décor.

Les deux moitiés du fût sont ornées de motifs identiques mais
diamétralement opposés. Si bien qu’il est très tentant de considérer
le tambour comme une métaphore du lien indestructible entre le Monde supérieur et le Monde inférieur qui se reflètent l’un
dans l’autre.

En effet, le tambour asmat n’est pas seulement un
instrument de musique. Il est visuellement chargé de symboles
de la chasse aux têtes tels que la mante religieuse ou les têtes et
langues de calao et de cacatoès noir qui sont sculptées sur sa
poignée.

En outre, il est vraisemblablement associé au héros
culturel Fumeripic, qui, en battant le tambour, anima des personnages
sculptés pour donner naissance aux premiers êtres
humains. Ce mythe de la création (y compris l’utilisation du tambour)
est reproduit lors de l’inauguration d’une nouvelle maison
cérémonielle.

[1Cf. par exemple Nelke, 1995b, fig. 5.1 pour un tambour du
groupe Bismam, dans le centre du pays Asmat. Cet exemplaire
présente des motifs pratiquement similaires, sculptés en haut relief
– comme les mains des esprits – et en bas relief – les motifs en C
identiques positionnés de la même manière au pied du fût et de
part et d’autre de la partie médiane cintrée, ainsi que les doubles
boucles ajourées.

[2Pour des tambours présentant des doubles
boucles ajourées comparables et un décor en haut relief similaire,
cf. notamment Gerbrands (dir.), 1967b, p. 218, fig. B, provenant du
village d’Omadesep sur la rivière Faretsj ; cf. également p. 216,
fig. A et p. 217, fig. C un exemplaire de Biwar, dans l’estuaire de la
rivière Betsj, et p. 218, fig. A un exemplaire d’Omadesep. Pour
trouver d’autres exemplaires et connaître les variantes stylistiques
entre les tambours des différents groupes Asmat, cf. Gerbrands
(dir.), 1967b, pp. 204-220 ; Konrad, Konrad et Schneebaum, 1981,
pp. 134-141 ; Schneebaum, 1985, pp. 116-129 ; Smidt (dir.), 1993,
pp. 105-109 ; Nelke, 1995b, pp. 87-93 ; Konrad (dir.), 1996, à différents
endroits entre les pp. 316 et 435 ; Konrad, Sowada et
Konrad, 2002, pp. 237-254.

[3Cf. par exemple Nelke, 1995b,
fig. 5.1, 5.13 et 5.6 respectivement.

[4Cf. Gerbrands (dir.), 1967b,
p. 218, fig. B.