Statuette féminine

Statuette féminine

Cette statue aux formes puissantes présente quelques similarités avec des personnages sculptés à la
fin des années 1950 et au début des années 1960 sur des poteaux bis collectés au village d’Ocenep
(Otsjanep) du groupe Safan, sur la côte des Casuarines. Dans les autres régions du pays asmat, les bouches des personnages se réduisent presque à
une fente, tandis que celle de notre statue est
ouverte, laissant apparaître les dents et la langue, à
l’instar des sculptures des poteaux bis d’Ocenep. Cela
indiquerait que la personne représentée est décédée.

Les bras, disproportionnés par rapport aux membres
inférieurs, suggèrent un élément non humain, peutêtre
les pinces de la mante religieuse [1]. Semblant
évoquer la cage thoracique, les rainures incurvées
qui strient les côtés du torse représenteraient les
scarifications ornant les corps ou feraient indirectement
référence à la mante religieuse. Une telle
identification entre l’être humain et l’insecte peut
sembler incongrue. Cependant, la fusion de ces
deux êtres est souvent clairement visible sur divers
types de sculptures asmat [2].

Le septum nasal est percé, témoignant d’un contact
avec le surnaturel. Lors des fêtes de commémoration
des morts, des effigies de défunts étaient
disposées dans la maison cérémonielle. Généralement
colorées, elles pouvaient représenter des
parents de la même génération que le sculpteur,
mais aussi d’une ou deux générations précédentes.

Si cette statuette avait rempli cette fonction, elle
n’aurait vraisemblablement pas subsisté car, une
fois la cérémonie terminée, les sculptures étaient
« brisées et déposées dans les marécages où poussaient
les sagoutiers, afin que les esprits qui les
habitent nourrissent et protègent les arbres [3] ».

[1Voir Wassing 1974, fig. 1.

[2Wassing 1974.

[3Schneebaum 1983, p. 13.